STORIES By Heritage Resorts - Issue 3 - 2019 - Page 10



|HISTORY
Les trésors
de la baie
du Jacotet
AU SUD DE MAURICE,
ENTRE BEL OMBRE ET
RIVIÈRE DES GALETS,
UN SITE AYANT UNE VALEUR
HISTORIQUE INSOUPÇONNÉE,
NICHÉ AU CŒUR D’UNE NATURE
EXUBÉRANTE, EST EN TRAIN DE SE
RÉVÉLER AU GRAND JOUR.
La petite baie enclavée s’ouvre
sur une mer houleuse battue
par les vents du sud. Un abri
sûr, en retrait du monde, au
pied de montagnes boisées.
La baie du Jacotet recèle, sur
une partie de son pourtour et
sur les hauteurs immédiates,
des vestiges historiques dont
la majorité des Mauriciens ne
soupçonnent pas l’existence.
Ce havre de paix et de
fraîcheur est en train de livrer
peu à peu ses secrets enfouis
sous la végétation luxuriante.
C'est Heritage Nature Reserve
qui gère ce vaste ensemble
éco-touristique, entre mer
et montagnes. Une région
largement méconnue,
comprise entre Bel Ombre et
Rivière des Galets, est en train
de devenir un univers riche en
histoire et en émotions. Dans
un domaine de 2 500 hectares,
la nature est reine mais
l’homme y règne en maître.
En faisant ressurgir le passé
de la baie du Jacotet, Heritage
Nature Reserve s’est donné
pour mission de faire revivre
quelques épisodes méconnus
de l’histoire de Maurice. Un
élément improbable a surgi
du fond d’un livre d’histoire…
« L’histoire de la baie du
Jacotet est plus ancienne
que celle de Bel Ombre dont
on parle pourtant plus »,
précise Richard Stedman,
Chief Executive Officer d’Island
Living et d’Heritage Nature
Reserve. Il s'agit donc de
remettre à l'heure les pendules
de l'histoire.
Des structures qui datent du
milieu du xviiie siècle ont été
remises en état, des noms de
sites ont été explicités. Ainsi,
l’on a appris que l’Abattis
des Cipayes, situé dans les
hauteurs dominant la baie,
est l’endroit où les volontaires
indiens enrôlés dans l’armée
britannique s’installèrent après
la prise de l’île en 1810. Ce site
est depuis juin 2018 au cœur
d’un parcours de randonnée.
Les recherches de l’équipe
d’Heritage ont aussi permis
d’identifier un bâtiment qui
servit de résidence d’été aux
gouverneurs de l’Isle de France
dans les années 1750.
Mais les découvertes les
plus excitantes résident
indéniablement sur le littoral,
le cœur de ce vaste ensemble,
sa vitrine pourrait-on dire,
puisqu’elle est un lieu de
passage obligé entre la rivière
du Jacotet et celle des Galets.
Au centre de la baie trône
l’îlot Sancho, un promontoire
corallien s’avançant vers le
large et que la légende associe
à un trésor des pirates de
l’océan Indien…
Ce qu’il y a de bien tangible,
cependant, c’est le nom de
la baie : celui d’un officier
français. Il commandait le
poste militaire protégeant
la côte, aux temps de la
Compagnie des Indes car le
site avait un intérêt pour les
navires à la recherche d’un
point de débarquement à l’Isle
de France. Frégates anglaises,
bateaux pirates, s’y arrêtaient
souvent soit pour s’y mettre à
l’abri ou pour y relâcher, avant
de pouvoir doubler le cap du
Morne Brabant, plus à l’ouest.
Au plus fort des guerres
franco-anglaises, la baie du
Jacotet était un site stratégique.
En mai 1810, il fut le théâtre
d’un fait d’armes qui allait
être le prélude à la bataille
de Grand Port et à la prise de
l’île par les Anglais. En effet,
le 1er mai de cette année-là,
la frégate la Néréide sous le
commandement du capitaine
Nesbit Willoughby y captura
un navire américain à l’ancre.
Le capitaine Willoughby sera,
quelques mois plus tard, l’un
des principaux protagonistes
de la bataille de Grand Port.
Il faisait partie de ces officiers
anglais qui, au début du
xixe siècle, assiégeaient l’Isle
de France afin de la forcer à
capituler et dans l’espoir de
pouvoir la prendre un jour.
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Après avoir capturé le navire
américain, Willoughby et
ses hommes fondirent sur
la batterie, capturèrent son
commandant et firent fuir
les soldats. Mais le capitaine
anglais fut mis en difficulté
par la garnison qui s’était
regroupée et il dut finalement
abandonner les lieux…
restes d’un petit quai qui
servit jadis à l’embarquement
ou au débarquement de
marchandises… Plus loin à
quelques mètres du rivage un
remblai et un entassement
de pierres de taille… C’est
une partie des murs des
fortifications qui abritèrent la
batterie française.
Pour celui qui sait où chercher,
ce théâtre résiste tant bien
que mal à l’épreuve du temps,
sous les lianes, à l’ombre de
grands badamiers. Dans cette
nature partiellement sauvage
mais ou de petits planteurs ont
également su faire fructifier la
terre, en y plantant bananiers
ou giraumons, Nicolas Pilot
évolue comme un pisteur des
savanes. À 30 ans, le jeune
directeur des opérations
d’Heritage Nature Reserve est
un passionné d’histoire et un
amoureux de la nature.
Et les trésors des pirates, dans
tout cela ? Lorsque l’on pose la
question à Richard Stedman et
Nicolas Pilot, ils échangent un
sourire complice. L’auraientils trouvé ce légendaire butin
des Frères de la côte, amassé
en pillant les vaisseaux
marchands de l’océan Indien
au début du xviiie siècle ?
D’aucuns disent qu’il aurait été
enfoui en amont d’une rivière
au pied d’un monticule... En
fait, le trésor de la baie du
Jacotet existe bel et bien. Il est
à la portée de tous. C’est ce
patrimoine naturel et culturel
inestimable qui fait le bonheur
des visiteurs…
Juste avant l’embouchure de la
rivière Jacotet, constamment
ensablée sous l’effet des houles
du sud et des conditions
naturelles conjuguées (marées,
houles et crues), l’œil averti
du marcheur détecte les
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Vue de la baie
du Jacotet

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